Mission spirituelle de l'Ordre de Saint Lazare de Jérusalem
La Vertu occupe une place particulière dans l’esprit du chevalier. Or à ce dernier est déféré un rôle politique : levain dans la pâte, il est appelé à être un modèle dans la société. Mais sa vocation ne se borne pas à être exclusivement docile aux Institutions, à être légaliste ; sa mission revêt une légitimité qui par définition s’attache à la loi naturelle et partant à la loi de Dieu. Se souvenant que « Omnis potestas a Deo per populum », il met son épée au service du lieu-tenant du Christ-Roi ! Correspondant à la grâce divine par une vie religieuse authentique, de cœur et sacramentelle, le chevalier fait bon accueil à la surnaturalisation des vertus naturelles. Ainsi par les vertus surnaturelles de foi, espérance et charité, il unit son âme, son intelligence et sa volonté, aux œuvres de la Très Sainte Trinité. Au principe de ces œuvres, les Béatitudes, sentences théologales, guident le chevalier dans sa mission : œuvrer à l'épanouissement humain et restaurer l'image de Dieu dans les âmes, affirmant ainsi la nature transcendante de l'être humain.
La vertu, notamment celle du Chevalier, occupe une place particulière dans la société et se manifeste pleinement lorsqu'elle s'associe à la foi, l'espérance et la charité, car les vertus deviennent vraiment surnaturelles et unissent notre âme à la sainte Trinité. Les béatitudes encouragent l'épanouissement humain et restaurent l'image de Dieu dans l'âme, affirmant ainsi la nature transcendante de l'être humain. En tant que Chevaliers membres de l'ordre militaire et hospitalier de Saint Lazare de Jérusalem, nous jouons un rôle essentiel dans la société et avons la responsabilité d'en retirer des bénéfices à la fois pour nous-mêmes et pour autrui. Les béatitudes valorisent et élèvent la vocation du Chevalier, en l’invitant à servir les autres par amour pour Dieu. Il est ainsi encouragé à cultiver la noblesse d’âme. Ces béatitudes sont bien plus qu’un simple vœu exprimé par Jésus : elles représentent une véritable mission à accomplir, tant au sein de l’Église que dans la société.
Le vice, par sa nature, s’oppose profondément à l’essence humaine. Il compromet l’instinct d’absolu et détourne l’être de son aspiration vers l’infini. Au lieu de s’élever, l’homme se laisse entraîner par la recherche du pouvoir, des richesses et des plaisirs éphémères, ce qui l’amène à corrompre autrui, à comploter et à sombrer dans sa propre déchéance. Face à cette tendance, le Chevalier reçoit l’adoubement afin de restaurer les hommes dans leur mission première. Cette restauration exige une conversion authentique du cœur, ce qui justifie l’attachement à la sainte Église Catholique. C’est dans cet engagement et cette transformation intérieure que l’on peut espérer un retour vers un monde ordonné, source de paix véritable.
Les membres de l’Ordre doivent saisir au plus profond de leur cœur que l’engagement chevaleresque est une modalité de vie chrétienne, selon la pluralité des charismes décrits par saint Paul (I Co XII-XIV) et pas seulement l’appartenance à une Institution fût-elle historique et prestigieuse comme l’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem. En effet, la chevalerie confère un état (au sens ontologique), l’adoubement pouvant être considéré comme un sacramental au sens théologique du terme, ce qui la différencie radicalement d’une décoration, quand bien même on qualifie celui qui reçoit celle-ci de chevalier comme le font souvent les Ordres nationaux en de nombreux Pays. Les vertus chrétiennes (cardinales et théologales) ainsi que les grâces des Béatitudes doivent donc être cultivées par tout membre d’un Ordre chevaleresque avec ferveur et assiduité afin de mériter et de vivre réellement cet état. Il en va de la sincérité envers le Seigneur et de la loyauté envers le prochain.
Les membres de l’Ordre de Saint-Lazare doivent donc garder indéfectiblement le sens de leur état en n’oubliant jamais qu’au sein du christianisme la voie chevaleresque, avec ses charismes propres et sa mission particulière, constitue une authentique voie vers la sainteté. Elle est, en son âme et son élan, l’un des sentiers qui mènent au Seigneur pour qui la vit selon cette vérité sous la maternelle protection de la Sainte Vierge Marie. Simultanément, chacun des membres - en tout premier lieu ceux qui ont reçu l’adoubement, donc l’état chevaleresque - doit toujours avoir conscience qu’il est garde et veilleur aux remparts du monde chrétien et qu’en cela, il est bien ce compagnon des anges qui composent la divine milice sous l’égide de Saint-Michel archange, paradigme et patron de la chevalerie. C’est pourquoi il est dit que les anges et les chevaliers combattent ensemble, en frères d’armes, et que les premiers assistent les seconds dans leurs engagements armés d’ici-bas. En effet, tout chevalier ne doit jamais oublier qu’il est requis dans l’exigence du combat dans le siècle, lorsqu’il s’avère nécessaire et l’ultime recours (cf. principalement saint Augustin et saint Thomas d’Aquin). Pour faire croître la foi et fructifier les grâces reçues par les sacrements, il convient de suivre l’exemple des saints de l’Église et d’enraciner le quotidien de ses jours dans le Seigneur et l’actualité de son amour, sans cesse dispensé sur ceux qui lui ouvrent leur âme.
MÉDITATION SUR LES BÉATITUDES
Bien qu’il y ait huit Béatitudes dans l’Évangile de Saint Matthieu, elles peuvent être ramenées à sept : effectivement : Heureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, la première béatitude, est semblable à la huitième ; Heureux ceux qui souffrent persécution à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux : toutes deux promettent le royaume de Dieu - ces diverses démarches sont comme sept degrés de la vie spirituelle.
Voilà donc en tout huit sentences générales. Pour ce qui suit, Jésus s'adresse aux présents, en disant : Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront (Mt 5, 10). Il a énoncé de façon générale les sentences précédentes ; il n'a pas dit, en effet : Heureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux est à vous, mais parce que le royaume des cieux est à eux, ni : Heureux les doux, parce que vous recevrez la terre, mais parce qu'ils recevront la terre, et ainsi de suite jusqu'à la huitième sentence dans laquelle il dit : Heureux ceux qui souffrent persécution à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux. A partir de là il s'adresse à son public, bien que ce qu'il avait dit auparavant convienne aussi à ceux qui étaient présents et l'écoutaient, et que ce qui semble concerner spécialement ses auditeurs convienne aussi aux absents et à ceux qui devaient
venir plus tard.
Il nous faut donc considérer attentivement ce nombre des sentences générales. La béatitude commence par l'humilité : Heureux les pauvres par l'esprit, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas enflés, dont l'âme se soumet à l'autorité divine et craint le châtiment après cette vie, bien qu'en cette vie elle puisse s'imaginer heureuse. De là elle arrive à la connaissance des saintes Écritures, où elle doit se montrer douce en sa piété, pour ne pas risquer de mépriser ce qui semble absurde à des ignorants et ne pas devenir indocile par d'opiniâtres discussions. Dès lors, elle commence à découvrir les liens qui l'enchaînent : les habitudes et le péché. C'est pourquoi en ce troisième degré, qui est celui de la science, elle pleure la perte du souverain bien, puisqu';elle est asservie aux plus médiocres.
Le quatrième degré est celui de l'effort où l'âme s'applique de toutes ses forces pour s'arracher aux plaisirs empoisonnés qui la tiennent captive : elle a faim et soif de justice et grand besoin de force, car on ne quitte pas sans arrachement ce qu'on possède avec plaisir. Au cinquième degré, on donne à ceux qui ont persévéré dans cet effort un conseil pour être délivré, car sans le secours d'une puissance supérieure, personne n'est capable de se dégager soi-même des embarras de ces misères : et c'est un judicieux conseil, que d'aider un plus faible pour s'assurer le secours d'un plus puissant. Par conséquent : Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Au sixième degré se trouve la pureté de cœur, à qui la conscience des bonnes œuvres donne le pouvoir de contempler le souverain bien, que seul un esprit pur et serein peut voir. Enfin la septième sentence concerne la sagesse même, c'est-à-dire la contemplation de la vérité qui pacifie l'homme tout entier et lui donne de ressembler à Dieu ; elle entraîne cette conclusion : Heureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés fils de Dieu.
La huitième sentence renvoie au point de départ, dont elle montre l'achèvement et la perfection. Aussi dans la première et la huitième nomme-t-on le royaume des cieux :
Heureux les pauvres par l'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, et : Heureux ceux qui souffrent persécution à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux ; on a déjà dit : Qui nous séparera de l'amour du Christ : la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? (Rm 8, 35). Elles sont donc sept qui mènent à la perfection, la huitième illumine et manifeste ce qui est parfait, les premiers degrés reçoivent des autres leur perfection, et la huitième sentence noue avec le point de départ.
Le père Paul Biérer
Chapelain de la Commanderie de Lignières