Héritage Militaire de l'Ordre de Saint Lazare de Jérusalem
L’Ordre est, par essence, hospitalier : tel fut le motif initial de sa fondation, et telle demeure sa vocation. Toutefois, dès la première croisade, sous l’impulsion de Frère Gérard, il acquiert également un caractère militaire. Celui-ci ne constitue pas un simple attribut historique, mais l’un des trois fondements de sa vocation : spirituelle, hospitalière et chevaleresque. Inscrite dans le nom de l’Ordre, comme dans son histoire, cette dimension militaire ne saurait être considérée comme un vestige du passé. Certes, les conditions modernes ont profondément modifié ses modalités d’expression, et l’Ordre ne possède plus aujourd’hui ni le droit, ni les moyens de conduire des opérations militaires au sens juridique du terme. Pour autant, cette évolution n’altère en rien la nature profonde de cette vocation.
Aujourd’hui encore, le qualificatif de « militaire » conserve toute sa portée : il renvoie à une exigence toujours actuelle. Celui qui entre dans l’Ordre doit en prendre pleinement conscience, l’assumer et s’y conformer. Aux côtés de la dimension spirituelle, nourrie notamment par l’accompagnement des chapelains, il constitue l’un des éléments distinctifs essentiels qui différencient un Ordre de chevalerie, d’une simple association de service ou de bienfaisance.De nos jours, cette dimension militaire s’exprime moins par l’action que par l’esprit qui l’anime. Elle doit se manifester dans la conduite quotidienne comme dans l’engagement au service de l’Ordre, à travers une adhésion sincère aux valeurs qui fondent l’idéal chevaleresque.
Les vertus chevaleresques
Ces valeurs sont celles qui ont toujours guidé l’action du soldat juste et digne : le courage, la discipline, l’abnégation, la ténacité dans l’accomplissement des missions, la résilience face à l’épreuve, le respect des personnes et la fidélité aux engagements librement consentis. La tradition les résume en un triptyque : honneur, prouesse et courtoisie. Le comportement des membres de l’Ordre doit être à la hauteur de ces exigences. Ce maintien, entendu dans toute sa portée, doit se traduire par une attitude résolument active et volontaire, faite de réactivité et de sens de l’initiative. Il s’inscrit dans le respect de la hiérarchie, lui-même fondé sur la confiance et la fraternité, mais excluant tout relâchement ou toute familiarité déplacée.
L’épée, symbole de l’état chevaleresque
Parmi les symboles de la chevalerie, l’épée occupe une place éminente, aux côtés des éperons dorés. Jadis privilège du gentilhomme voué au service des armes, son port est aujourd’hui accordé aux chevaliers de l’Ordre lorsqu’ils revêtent l’uniforme.
Ce privilège implique une responsabilité : celle de demeurer constamment conscient de la portée symbolique de cette arme, mais aussi d’en connaître les usages essentiels. L’épée ne saurait être réduite à un simple ornement ; elle possède une dimension à la fois matérielle et spirituelle. Elle appelle au respect, respect de l’objet lui-même, mais aussi de la mémoire de ceux qui, encore récemment à l’échelle de l’histoire, ont combattu et donné leur vie les armes à la main. Portée le pommeau en l’air elle renvoie au symbolisme de la croix.
Une exigence pour aujourd’hui
La mise en pratique des vertus militaires doit constituer la volonté constante et l’enracinement profond de chaque membre de l’Ordre, homme ou femme, chevalier ou dame. C’est à cette condition que l’état chevaleresque trouve sa pleine légitimité. Il importe d’en comprendre l’esprit et de le vivre pleinement, au-delà des formes historiques qu’il a pu revêtir. Ainsi, chacun doit être en mesure de répondre, envers sa hiérarchie, ses confrères et consœurs, comme envers tout prochain, aux exigences de son engagement, dans une fidélité exemplaire aux valeurs qu’il se doit d’incarner.
Ceux qui ont servi dans les armés, militaires, réservistes ou anciens appelés, possèdent naturellement l’expérience de cette exigence. Il appartient à ceux qui en ont été éloignés de s’en imprégner à leur contact et, plus encore, à leur exemple. Car si ces vertus rejoignent, en un sens, ce que tout homme est appelé à accomplir pour « faire ce qu’il doit », selon l’adage médiéval, elles s’en distinguent par une
dimension essentielle : le militaire les incarne jusqu’au risque de sa vie. Et nul ne peut exclure que l’histoire place un jour les membres de l’Ordre face à une telle épreuve ; il leur faudra alors se souvenir de leur serment. À cette condition, le titre d’Ordre militaire conservera toute sa signification et sa légitimité, quelles que soient les évolutions du monde. Il appartient donc à chacun, dans sa vie personnelle comme dans son engagement collectif, de faire vivre et d’honorer cet héritage, dans la fidélité à ceux qui, avant nous, furent des combattants d’élite : de véritables soldats et de preux chevaliers.